Fonder Son Webjournal pour Promouvoir une Presse Egalitaire

Interview de Valérie Vuille, fondatrice de DécadréE

Valérie Vuille est une boss. Elle a bien remarqué que la presse perpétuait des stéréotypes, elle a donc décidé de contribuer à une presse plus égalitaire en créant un webjournal – DécadréE – afin d’y publier, son équipe et elle, des articles d’actualité avec un regard nouveau. Via son association, elle travaille avec des journalistes dans la promotion d’une presse anti-discriminatoire et elle cherche à donner visibilité à des associations en Suisse romande qui partagent ses engagements pour l’égalité.  Des événements sont à venir. Stay tuned.

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Quel est ton parcours universitaire et professionnel ?

J’ai fait un Bachelor en littérature française et cinéma à l’Université de Lausanne. C’est là que j’ai découvert le journalisme en écrivant pour l’Auditoire, le journal des étudiant-e-s de l’Université de Lausanne. J’ai ensuite fait plusieurs stages à La Liberté, à La Tribune de Genève et j’ai écrit des piges pour divers magazines en Suisse Romande. À la suite de ça, j’ai eu envie de continuer mes études mais en me rapprochant de thématiques sociétales. J’ai alors fait un Master en études genre à l’Université de Genève et un semestre à Berne en Cultural Analysis. C’est lors de cette période que j’ai découvert le monde associatif et toutes ses possibilités et que j’ai également commencé à faire de la communication. D’abord pour un festival de Théâtre et puis pour l’association Stop Suicide. Lorsque j’ai eu terminé mon Master, j’ai eu envie de créer mon propre projet et c’est là que je me suis lancée dans l’aventure DécadréE. Aujourd’hui, en parallèle, je suis également responsable communication et recherche de fonds du Conseil Suisse des associations de Jeunesses (Csaj).

« Le journal est ainsi devenu une plateforme qui nous permet non seulement de diffuser des articles mais également de tester et de réfléchir sur notre propre pratique.»

Qu’est-ce qui t’as donné envie de créer un webjournal ?

Pendant que je faisais mes études, j’ai toujours senti une rupture entre le travail que je faisais en tant que pigiste et mes engagements pour l’égalité. Je recevais également beaucoup de critiques et lorsque je lisais les journaux, je ne pouvais pas nier que les stéréotypes et les discriminations y étaient perpétués. L’idée a mûri longtemps et en février en discutant avec des ami-e-s, j’ai décidé de me lancer.

D’abord, nous souhaitions uniquement faire un web-journal pour écrire des articles en lisant l’actualité avec une perspective égalitaire. Très vite, on a remarqué tout le potentiel de cette thématique. Au lieu de simplement écrire des articles dans notre coin, on a voulu travailler avec les journalistes pour essayer de réfléchir ensemble à comment créer une presse plus égalitaire. Le journal est ainsi devenu une plateforme qui nous permet non seulement de diffuser des articles mais également de tester et de réfléchir sur notre propre pratique. À l’avenir, nous souhaitons organiser des événements, aller dans des rédactions et collaborer avec les journalistes.

 « Je suis partisane d’une vision optimiste. En travaillant en accord avec ses convictions, en lançant des projets et en s’engageant bénévolement, les choses peuvent changer. »

Comment as-tu constitué ton équipe pour lancer ton projet ?

Lorsque j’ai voulu lancé mon projet, j’ai fait appel à mon réseau d’ami-e-s et d’étudiant-e-s pour diffuser l’information et créer une équipe. Le projet a créé de l’engouement et les personnes sont venues à moi. Aujourd’hui, nous sommes une équipe de 7 personnes mais d’autres m’ont encore signalé leur intérêt. Bien entendu, nous cherchons toujours de nouveaux rédacteur-trice-s. J’ai aussi été impressionnée des retours que nous avons reçus de la part autant d’associations féministes, de journalistes ou encore d’universitaires. Beaucoup de personnes disent qu’il y avait un réel besoin et c’est également ce que nous ressentons.

Qu’est-ce que ton association cherche à améliorer?

Notre association a trois objectifs. Nous souhaitons premièrement lire l’actualité avec une perspective égalitaire. Nous prenons en compte toutes les discriminations, tant sexistes, racistes, classistes, ou LGBTQI. Pour nous, ces discriminations sont liées et nous souhaitons y réfléchir de manière intersectionnelle. Nous souhaitons deuxièmement promouvoir l’égalité dans la presse. Pour cela nous allons organiser des événements ou encore discuter avec des journalistes. Enfin, nous souhaitons travailler avec les associations suisses romandes luttant contre ces discriminations. Donner une plateforme de visibilité à ces associations et ces initiatives est pour nous également très important. Nous avons effectivement remarqué que souvent leurs actions sont ignorées ou mal comprises des médias.

 « Durant mes recherches d’emploi, j’ai eu l’occasion de rencontrer des recruteur-trice-s qui ont questionné ou même ouvertement critiqué mes engagements égalitaires. Dans de tels cas, il faut simplement partir et se féliciter d’avoir quitté une entreprise malsaine. »

Comment le vois-tu évoluer dans le futur ? Voudrais-tu en faire un journal indépendant et en vendre le contenu?

Pour l’instant nous nous sommes projeté-e-s sur une année. Nous sommes en train de lancer une recherche de fond afin de pouvoir pérenniser le journal et de faire un événement. Suite à cette première année, nous aviserons selon les financeurs et selon l’évolution de l’association. Idéalement, nous aimerions évoluer, lancer de nouveaux projets et pourquoi pas se professionnaliser.

Concernant l’évolution financière c’est également une grande question. Nous sommes en train de réfléchir à une possibilité de rendre l’association autonome en tout cas en partie. Mais c’est délicat. La plupart des journaux rendent leur contenu payant ou font appel à une régie publicitaire. La première possibilité limiterait notre lectorat et donc également notre impact. La deuxième est quant à elle encore plus problématique, puisque la publicité réaffirme de nombreux stéréotypes. Il nous faudrait ainsi réfléchir à des aménagements pour éviter ces inconvénients ou à d’autres possibilités de financement.

Penses-tu qu’il soit facile de trouver une activité professionnelle qui nous permette de faire avancer des causes comme celle de l’égalité ?

Je pense qu’il y a encore du travail et que l’égalité, quelle qu’elle soit, n’est pas encore atteinte. Cependant, de nombreuses associations ou entreprises travaillent sur la question. Je suis partisane d’une vision optimiste. En travaillant en accord avec ses convictions, en lançant des projets et en s’engageant bénévolement, les choses peuvent changer.

Toutefois, est-ce que c’est facile de trouver un travail dans ces conditions? Je ne pense pas, il faut être persévérant-e et avoir les dents dures. Le monde professionnel est loin d’être égalitaire. Durant mes recherches d’emploi, j’ai eu l’occasion de rencontrer des recruteur-trice-s qui ont questionné ou même ouvertement critiqué mes engagements égalitaires. Dans de tels cas, il faut simplement partir et se féliciter d’avoir quitté une entreprise malsaine.

Le webjournal DécadréE: http://www.decadree.com/

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