Lancement de Son Entreprise : Faire de la Limonade Plutôt qu’un Businessplan

L’essence entrepreneuriale des entrepreneur-e-s

Sarah Sarasvathy[1] s’est posée la question suivante : quel sont les traits communs à tous les entrepreneur-e-s ? Réponse : ils pensent de manière émergente et non pas de manière causale.

Qu’est-ce que la pensée émergente ou « effectual reasoning » ou l’effectuation?

Au moment de lancer son entreprise, les entrepreneurs n’ont pas forcément de but précis. Ils et elles ont une aspiration ou une idée et commencent d’abord avec les moyens à leur disposition, en laissant les buts émerger au fur et à mesure de leurs actions.

Par exemple,  Zuckerberg ne pensait pas créer Facebook dès le départ, il avait programmé d’abord dans sa chambre une plateforme qui fonctionnait comme un annuaire public, permettant aux utilisateurs de voir les informations mises en ligne par d’autres. En réponse à la réaction des utilisateurs, il a crée un vraie plateforme sociale et rajouté au fur et à mesure certaines fonctionnalités. En d’autres termes, les entrepreneur-e-s savent tirer parti des surprises. Ils font de la limonade, selon l’adage remis au goût du jour grâce au visual album de Beyoncé Knowles Carter : « when life serves you lemons, make lemonade ». Elles commencent avec une idée, agissent, observent et prennent en compte la réaction de leur entourage, clients, et modifient ensuite leur produit/service. La méthode émergente demande alors de l’imagination, de la spontanéité, de la prise de risque et la capacité à promouvoir son produit / service.

Les entrepreneur-e-s se disent « on fait avec ce que l’on a maintenant plutôt que d’imaginer ce que l’on pourrait faire si on avait plus. »

La méthode causale

La méthode causale se situe alors à l’opposé de la méthode émergente : une personne pense identifier dès le départ un bon couple produit-marché : elle identifie une opportunité, fait une étude de marché, conçoit une offre correspondante, lève des fonds pour financer son entreprise sur la base d’objectifs clairs. Mais cette méthode correspond à un modèle d’innovation binaire, où chaque action est censée fonctionner et faire passer l’entreprise à l’étape supérieure, étape déjà programmée dans le businessplan. Mais cela peut marcher dans le contexte d’un marché ultra-statique (s’il en existe un), où les goûts des clients ne sont pas mouvants, où la possibilité de créer de nouveaux besoins et donc de nouveaux marchés n’existe pas, où la mesure et la nature des besoins analysées au préalable correspondent exactement à la réalité.

Retour à l’émergence

Les entrepreneur-e-s se disent donc « on fait avec ce que l’on a maintenant plutôt que d’imaginer ce que l’on pourrait faire si on avait plus. ». Leurs ressources sont donc les suivantes.

1) Qui ils-elles sont

2) Leurs connaissances

3) Les personnes qu’elles-ils connaissent[2]

1) L’idée émerge d’une personne et de sa situation : une rencontre, une frustration, un obstacle ou un problème à résoudre. Une personne en particulier va voir une opportunité dans telle frustration rencontrée, et vouloir en faire un business.

2) De plus, les entrepreneur-s tablent sur leurs connaissances, sur ce qu’elles savent des goûts ou besoins des personnes à qui leurs produits / services sont dirigés, ils vont le plus souvent tenter de créer le produit qui leur plaît à eux et leur est utile dans leur vie courante.

3) Les entrepreneurs se basent sur le retour de leur réseau de connaissances pour affiner leur offre, mais également cherchent à mobiliser les personnes qui leur seront utiles pour concrétiser leur idée étape par étape. Et justement, la capacité des entrepreneurs à trouver et travailler avec les bonnes personnes est clé pour la création d’une entreprise durable. Ces entrepreneurs savent que ces bonnes personnes ne sont pas sur le marché du travail à attendre la meilleure opportunité, au contraire, ils savent qu’ils doivent aller les chercher et les mobiliser. Les « bonnes personnes » le sont, car elles travaillent sur la base de leurs passions et cherchent à exprimer leur potentiel[3]. Ces personnes là sont essentielles dans la démarche entrepreneuriale.

En d’autres termes, les entrepreneur-e-s sont avant tout entrepreneuriaux, à défaut d’être stratégiques ou managériaux, car ils pensent de manière émergente. Ils et elles croient en un futur qu’ils vont eux-mêmes contribuer à créer, sans chercher à le prédire, et s’associent avec celles et ceux qui agissent et permettent de concrétiser leurs idées.[4]

 

Pour en savoir plus sur la méthode émergente :

  1. Un article court et explicatif de Sarasvathy
  2. http://effectuation.org/
  3. Un livre sur l’effectuation:

Philippe Silberzahn, L’Effectuation, les Principes de l’Entrepreneuriat pour Tous, 2014, Pearson

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[1] Sarah Sarasvathy est professeure à la Darden School of Business, University of Virginia

[2] Philippe Silberzahn, L’Effectuation, les Principes de l’Entrepreneuriat pour Tous, 2014, Pearson

[3] Sarah Sarasvathy, What Makes Entrepreneurs Entrepreneurial ?, 2001, Social Science Research Network, p.8

[4] ibid, p.9

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